Un peu d'histoire sur l'Eglise Réformée à Revel et à Puylaurens

(Documents réunis et communiqués par Madame Laure Pélissier)

 

HISTORIQUE DE

L'INSTALLATION DE L'EGLISE REFORMEE A REVEL.

 

A partir du règne de François I°, les idées nouvelles de la réforme calviniste vont se propager en France.

Dès 1562, l'église protestante de Revel prit une grande extension, si bien que le réformateur genevois Théodore de Bèze écrivait que " les principaux docteurs, bourgeois,marchands, avocats et artisans de la ville s'étaient fait recevoir et incorporer à l'église. "

A Revel, pendant toute la période des GUERRES DE RELIGION, les affrontements furent violents entre catholiques et protestants.

Période de l'histoire très confuse, où catholiques et protestants se disputent Revel et y firent alternativement régner leur autorité, trop souvent marquée par des persécutions et des destructions. C'est ainsi qu'en 1576, les protestants, maîtres de la ville démolirent tous les édifices qui servaient au culte catholique : seule l'église dominicaine fut épargnée pour leur servir de lieu de culte.

La lutte continua jusqu'à la promulgation de l'EDIT DE NANTES , le 13 Avril 1598,qui accordait une certaine liberté aux protestants. Ils en profitèrent pour construire leur premier temple.

CE PREMIER TEMPLE a été construit vers le milieu du " couvert haut ", actuellement galerie du Nord, en grande partie avec les matériaux provenant de l'église du couvent de dominicains. Il était contigu à la maison Faure-Lajonquière (actuellement maison de Maitre Trouche). La porte du temple donnait sur le couvert, et l'on y lisait encore jusqu'en 1793 l'inscription que la révolution fit disparaître :

" Qui veut savoir quelle est cette maison
C'est du grand Dieu la maison d'oraison ".

Il fut achevé le I° Mai 1590. C'est donc à peu près à l'avènement d'Henri IV que l'église réformée de Revel put avoir son premier temple. Elle fut aussi, à cette époque , pourvue du ministère permanent de pasteurs. Jusqu'alors, bien que régulièrement constituée, elle avait du se contenter de s'assembler dans des maisons particulières ou dans l'ancienne chapelle des Dominicains.

Malheureusement la paix que procura l'Edit de Nantes aux protestants ne fut pas de longue durée ! L'assassinat d'Henri IV en 1610 ramena les luttes religieuses.

Sous la minorité de Louis XIV,les persécutions recommencèrent et les protestants furent tout de suite l'objet de diverses vexations : plus d'état-civil, fermeture des écoles et temples, interdiction des mariages mixtes, exclusion de certaines fonctions, instruction obligatoire des enfants dans la religion catholique, conversions forcées...En 1665 la porte du temple donnant sur le couvert Nord fut murée, le cimetière commun interdit aux protestants fut exclusivement réservé aux catholiques ,ce qui poussa les protestants à acheter un terrain sur le chemin de la Guirguille pour leur servir de lieu d'inhumation.

En 1681 Louvois créa ce que l'on appela les " dragonnades " ; les soldats -généralement des dragons- étaient logés chez des protestants réfractaires, jusqu'à ce qu'ils acceptent de se convertir.

Ainsi, le 15 Octobre 1685 , quatre compagnies du régiment de Koenisgsmark arrivèrent à Revel et obligèrent plusieurs protestants à abjurer devant le curé de la paroisse .

Toutes ces mesures vont préluder à la REVOCATION DE L'EDIT DE NANTES qui eut lieu le 18 Octobre 1685. Cette même année, le présidial de Castelnaudary ordonna en outre la destruction du temple de Revel. Elle fut exécutée sans retard durant le mois de Novembre .

Cette révocation fut lourde de conséquences car la population protestante était une population travailleuse, éclairée, constituée de nobles, de marchands, d'industriels, occupant des fonctions importantes. Beaucoup d'industries et de manufactures furent fermées, et malgré le risque d'être envoyés aux galères, nombreux furent ceux qui s'expatrièrent dans les pays du " refuge ",en Hollande, en Allemagne, en Angleterre et à Genève.

De 1685 à 1803, aucun temple n'abrite plus les assemblées de fidèles.

Du moment qu'il n'y a plus ni ministres ni temples où l'on puisse pratiquer en commun la " religion prétendue réformée ", les autorités royales sont persuadées que le protestantisme va décliner rapidement parmi les " obstinés ".

En fait, dès 1686 la résistance huguenote s'organise activement : c'est l'heure des cultes de famille, des " assemblées particulières " : les protestants de Revel se réunissaient clandestinement pour leurs cultes dans une maison contigue à celle des Faure galerie du Nord qui avait deux issues, l'une sous le couvert, l'autre rue du temple .

Fidèles à leur foi, les protestants organisèrent leur résistance : ce furent les " ASSEMBLEES du DESERT " qui à partir de 1744 marquèrent un nouveau regain de l'église réformée. Elles avaient lieu en pleine campagne ou dans quelque métairie reculée, sur convocation secrète, et souvent en présence de foules nombreuses . On y célébrait le culte, mais aussi, souvent, mariages et baptêmes . Ceux qui étaient " surpris " étaient condamnés à une amende, à l'emprisonnement à perpétuité pour les femmes, aux galères pour les hommes, voire même à la peine de mort.

Les fidèles de Revel se rassemblaient en des lieux qui nous sont bien connus : à la métairie d'En Teste, ,prés de la Garrigole, au quartier Saint-Roch, à Saint-Ferréol ; d'importantes assemblées se sont tenues dans le bois de la métairie de Sarda, à Palleville .La dernière assemblée citée fut celle du 13 Octobre 1776, appelée " Assemblée de la Cène ".Elle se réunit dans un bas-fond, à proximité immédiate de l'église de Couffinal , et regroupait les protestants venus de Revel, Sorèze, Puylaurens, Lavaur, et dura de neuf heures du matin à sept heures du soir.

En 1787, l'EDIT DE TOLERANCE mettait officiellement fin à toute répression à l'égard de l'église réformée qui se voit reconnaître un état-civil légal. Mais en 1789, sous la révolution, l'exercice public du culte fut suspendu ; aucune assemblée ne put se tenir jusqu'en 1796.

Cependant, dès 1793, Les " anciens " de l'église de Revel, soucieux de procurer aux protestants un lieu de culte, décidèrent la construction d'un nouveau temple. Dans ce but, l'un d'entre eux, Monsieur Lacombe , acheta deux vieilles maisons dans l'actuelle rue du temple.

L'ACTUEL TEMPLE DE REVEL :

En 1802, la famille Lacombe fit don à l'église réformée de ces maisons , qui furent démolies, et à l'emplacement desquelles se trouve le temple que nous connaissons  (acte du 7 Fructidor an X ).

Une souscription fut alors lancée pour la construction du temple et trouva auprès des chefs de famille un accueil empressé. Les travaux de construction furent menés avec enthousiasme :

Commencés en Septembre 1802 (Vendémiaire an X ), ils étaient rapidement achevés en Juin 1803 (Prairial an XI ).

La dédicace du temple eut lieu le dimanche 30 Prairial de la même année. La municipalité assista officiellement et en corps à cette cérémonie, et c'est en 1804 que le culte protestant fut officiellement rétabli à Revel par Napoléon.

Les aménagements intérieurs furent complétés par de nouvelles souscriptions :

 

D'autres réparations importantes furent faites en 1951.

Enfin en 1989,le temple a été entièrement rénové, il est ainsi plus clair, plus accueillant dans sa simplicité. Si le culte reste sa vocation première, sa rénovation permet de l'utiliser comme lieu d'accueil et d'ouverture sur la ville pour des activités culturelles telles que concerts, conférences, expositions...

Construit à l'aide des souscriptions des membres de l'église, le temple de Revel était propriété de l'église réformée de Revel (acte en date du 7 décembre 1906,au moment de la séparation de l'église et de l'état).Il est actuellement propriété de l'église réformée du Lauragais, église due au regroupement des deux églises de Revel et Puylaurens, en 1984.

 

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LE TEMPLE DE PUYLAURENS.

 

Article paru dans " La Voix de la Montagne " du 15 Février 1922.

 

L’une des plus anciennes églises de l’Albigeois est, si je ne me trompe, l’église de Puylaurens.

Parler de son temple, c’est parler de tout un passé glorieux, de luttes vaillamment soutenues pour la vérité, de souffrance, de fidélité, de foi victorieuse.

La petite cité de Puylaurens accueillit l’une des premières les idées nouvelles de la réforme.

Le peuple se pressait en foule, dans les cours ou sur les places, autour du prédicant de passage et l’écoutait, attentif et recueilli. Dès 1562, le culte réformé était établi.

La ville fut bientôt entièrement protestante, et le culte eut lieu, très simplement, dans l’église même, où la messe fut dès lors remplacée par le prêche, et l’on trouve dans les chroniques de l’époque cette appellation qui nous paraît étrange :

" Temple de notre dame du Lac ".

Cependant, avec les fluctuations constantes apportées dans la population puylaurentaise par les guerres de religion, les huguenots songent enfin à se construire un lieu de culte, et les fondations du premier temple sont posées en 1589. Trois ans plus tard seulement, les travaux étaient repris et s’achevaient en 1594.

De construction trop légère, l’édifice s’écroulait peu après. On recommença sur les mêmes fondations et l’inauguration du temple avait enfin lieu le 15 septembre 1598.

C’était un vaste édifice à trois arcades et orné de vitraux.

Un peu plus tard, on y ajoutait une forte tour, avec une cloche dont la voix puissante s’étendait au loin pour appeler les nombreux fidèles.

En 1660, l’Académie de Montauban est transférée à Puylaurens par ordre du roi et y demeura jusqu’à l’année terrible de la révocation de l’Edit de Nantes, en 1689.

Les mauvais jours étaient là. Le temple fut fermé le 28 décembre 1684, et ne devait plus se rouvrir ; quelques mois plus tard, il était démoli, et ses matériaux servaient à la réédification de l’église catholique devenue trop étroite…

Maintenant, les archives se taisent ; c’est un long vide rempli de souffrance, d’agonie, de martyre…Le Désert.

Le Désert, c’est la dispersion, l’exil, la mort. Et ici, il faut qu’on le sache, ce n’est pas, comme on l’entend dire trop souvent, pour des martyrs politiques, que s’ouvrent alors les cachots, que s’allument les bûchers, que prennent la mer les galères maudites ; ce fut, cela ne pouvait être, que pour les martyrs de la foi, martyrs de haute lignée, humbles martyrs, qu’importe…pour ceux qui purent dire, jusqu’à leur dernier souffle, " Je sais en qui j’ai cru, mon Sauveur est vivant ".

 

Cependant l’orage s’apaisait, et, de la tourmente, plus ferme, plus vivante, épurée par l’épreuve, l’Eglise sortait victorieuse, bien qu’amoindrie. Peu à peu, on se surprit à revivre, et dès 1780, en 1785 surtout, grâce à a liberté de conscience chèrement acquise, l’Eglise sous la croix reprit confiance.

Les exilés retrouvaient le chemin de la patrie, et les protestants de Puylaurens purent de nouveau se réunir.

Bientôt ils furent si nombreux que la construction d’un nouveau temple s’imposa, sous le ministère de Samuel François, pasteur. En 1817, commencèrent les premiers pourparlers ; en 1819 , avait lieu la dédicace du second temple.

Sans cloche, celui-ci, il ne se remplissait pas moins d’un si grand nombre de fidèles qu’on dût y ajouter une tribune et faire garder les places des protestants de Saint-Paul ; ces derniers faisaient chaque dimanche 24 kilomètres ( aller et retour) pour assister au culte, et, trouvant l’assemblée déjà au complet, devaient rester debout pendant toute la durée du service.

Depuis lors, un siècle est passé. Les vides se sont crées, toujours plus nombreux dans l’Eglise, et de ces belles assemblées d’autrefois, il ne reste plus que le souvenir…

Vers 1900, la maison qui abrita pendant 25 ans l’Académie de Montauban, fut démolie à son tour.

De passage à Puylaurens, un ami de l’Eglise, visitant ces ruines, fut frappé par la beauté d’une porte intérieure, l’acheta et en fit cadeau au Consistoire. Pieusement conservée, cette porte se trouve dans le jardin du Temple.

Une autre relique du passé, c’est la table sainte qui fut celle du premier temple. Après la démolition de ce dernier, cette lourde pierre de marbre disparut et ne fut retrouvée que bien longtemps après, servant à laver le linge, près d’un puits. Nul ne connaît le nom du donateur qui rendit à sa première destination cette table en marbre gris, l’un des rares et précieux souvenirs des premiers temps de notre Eglise.

L’Eglise de Puylaurens a eu le privilège de recevoir de nombreux synodes dont le premier remonte en 1598 (du moins c’est le premier dont parle l’histoire) et le dernier en mai 1914, dernier synode d’avant guerre…

Et maintenant, vivante encore que bien diminuée, l’Eglise de Puylaurens demeure la citadelle du souvenir. Fière d’un glorieux passé, elle remet à Dieu, confiante, son avenir.

Ce qu’il sera ? Dieu le sait. Mais ne disons-nous pas chaque jour, dans nos prières : " Que ton règne vienne " ?

  

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